Chenille processionnaire : danger pour le chien et le chat

La chenille processionnaire du pin et celle du chêne libèrent des poils urticants microscopiques. Un chien qui flaire ou lèche une file de chenilles bave, vomit et voit sa langue gonfler en moins de deux heures. Le risque de nécrose est réel. Gants aux mains, rinçage immédiat à l’eau froide, puis clinique sans attendre.
Deux espèces, un même poil invisible
La France métropolitaine abrite deux processionnaires dangereuses pour les animaux domestiques. La processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa, s’installe sur les résineux, pins et cèdres. La processionnaire du chêne, Thaumetopoea processionea, reste sur les chênes.
Au stade chenille, la première atteint 40 mm, brune noirâtre, tachée de roux. La seconde monte à 50 mm, jaunâtre, d’aspect gris argenté. Les deux vivent en groupe : une chenille poilue solitaire n’est presque jamais une processionnaire, rappelle l’Observatoire des chenilles processionnaires, animé par FREDON France.
Le piège tient dans un détail invisible : les poils visibles ne sont pas les poils urticants. Les vrais coupables sont microscopiques, contenus dans des ballonnets sur le dos de la chenille, et porteurs de la substance responsable des troubles, la thaumetopoéine.
Ces poils urticants apparaissent au troisième stade larvaire, et se trouvent aussi dans les cocons, les nids de soie et les sites d’enfouissement. Un nid de processionnaire du chêne abandonné garde son pouvoir urticant plusieurs années. Les soies circulent par voie aérienne et se déposent sur l’herbe, d’où des contacts loin du nid.
Le calendrier des processions sous climat méditerranéen
Chez la processionnaire du pin, les papillons pondent de juin à septembre, les œufs éclosent de fin juillet à début novembre, et les cinq stades larvaires se développent dans le nid d’octobre à février. Les chenilles descendent ensuite s’enfouir dans le sol entre janvier et mai : c’est la procession de nymphose, le moment dangereux pour un chien, puisqu’elles circulent au sol.
L’Observatoire situe les descentes les plus massives en février et mars en zone méditerranéenne, contre mars et avril dans le nord de la France. Ces repères bougent : des processions de famine surviennent parfois dès octobre, et la hausse des températures hivernales élargirait l’aire de répartition.
La processionnaire du chêne décale tout : adultes émergeant de juillet à septembre, éclosions au printemps suivant, chenilles nocives d’avril à juillet. Leurs nids se plaquent sur les troncs, et elles sortent la nuit manger les feuilles. Dans un jardin mêlant pins d’Alep et chênes, les deux fenêtres se touchent.
| Espèce | Période à risque | Où la croiser |
|---|---|---|
| Processionnaire du pin | janvier à mai, surtout février et mars en zone méditerranéenne | nids de soie en bout de branche, puis files au sol |
| Processionnaire du chêne | avril à juillet | nids plaqués sur les troncs, sorties nocturnes |
| Nid abandonné | plusieurs années | sur l’arbre, ou tombé après un coup de vent |

Chenille processionnaire et chien : le tableau clinique
La bouche paie le premier prix
Les premiers signes surviennent dans les deux heures suivant le contact. Le chien bave brusquement, vomit, se gratte la face. Les lésions, très douloureuses, touchent surtout la cavité buccale, la face et les yeux, plus rarement l’appareil respiratoire.
La langue ou les babines gonflent, parfois au point que la langue sorte de la bouche. Elle est d’abord rouge, puis peut noircir dans les 24 à 48 heures, avec un risque réel de nécrose : la partie nécrosée peut tomber. Ce tableau vient de la page santé animale de l’Observatoire, écrite avec l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.
Les yeux et le souffle
Au contact de l’œil, les soies provoquent des conjonctivites et des kératites œdémateuses ulcéreuses aiguës, très douloureuses, parfois des lésions plus profondes jusqu’à l’uvéite. Un œil fermé au retour d’une promenade sous les pins ne relève pas de la surveillance à domicile.
L’inhalation de soies ouvre le scénario le plus sombre : détresse respiratoire, parfois choc, pronostic vital engagé. Un chien qui tousse et respire bruyamment part en clinique immédiatement.
| Ce que vous observez | Délai | Conduite |
|---|---|---|
| Salivation brutale, vomissements, face grattée | moins de deux heures | rinçage à l’eau froide, puis clinique |
| Langue qui gonfle, puis noircit | 24 à 48 heures | nécrose en cours, suivi rapproché |
| Œil fermé, respiration bruyante | variable | urgence, pronostic oculaire ou vital |
Le chat, moins touché que le chien mais pas épargné
Les chiens sont généralement plus concernés que les chats, note l’Observatoire : les deux espèces se laissent attirer par le déplacement en file de ces chenilles poilues, et cherchent à les lécher.
Chez le chat qui sort, le contact passe par les pattes, la truffe ou le pelage, puis par la bouche au moment de la toilette. Les signes rejoignent ceux du chien : salivation, babines gonflées, œil fermé, patte léchée.
Un chat masque sa douleur mieux qu’un chien : un refus de manger ou un animal caché après une sortie au jardin méritent un examen. Nos repères sur les gestes de premiers secours pour un animal valent ici, la bouche exceptée : elle ne se touche jamais à mains nues.
Les premiers gestes, gants aux mains
L’ordre compte autant que la rapidité.
- Éloignez l’animal de la file ou du nid, et tenez les enfants à distance.
- Enfilez des gants de caoutchouc avant de toucher la bouche : vous risquez vous aussi des signes graves.
- Rincez la bouche abondamment à l’eau froide, dix à quinze minutes selon l’Observatoire, sans frictionner.
- Ne provoquez aucun vomissement, ne donnez ni eau ni nourriture.
- Appelez un vétérinaire sans délai, ou un centre antipoison vétérinaire : le pronostic vital peut être engagé.
Pas de doigt dans l’œil, pas de linge sec sur la face : frotter enfonce les soies au lieu de les retirer. Douche et vêtements changés pour vous ensuite.
La nuit ou un dimanche, le message d’accueil de votre clinique oriente vers le praticien d’astreinte : lisez une fois comment s’organise la permanence des soins vétérinaires. Comme pour un coup de chaleur chez le chien, le temps de transport pèse autant que le premier geste.
Ce que met en œuvre le vétérinaire
Selon la sévérité, le praticien traite les symptômes : inflammation, douleur, surinfections possibles. Un rinçage plus complet qu’à la maison précède l’examen de la cavité buccale.
La langue se surveille ensuite plusieurs jours, puisque sa couleur évolue dans les 24 à 48 heures. Les cas graves partent en hospitalisation. Quand la nécrose s’étend trop, une amputation partielle de la langue, la glossectomie, devient nécessaire. Ce risque explique pourquoi un quart d’heure de rinçage à la maison n’est pas superflu.
Rien de l’armoire à pharmacie, rien de la cuisine : la liste des aliments toxiques pour le chien rappelle qu’un geste bien intentionné ajoute vite une intoxication à une urgence.

Sous les pins du jardin : repérer, piéger, favoriser les prédateurs
Toutes les colonies ne justifient pas une intervention : en forêt ou sur une zone peu fréquentée, l’Observatoire indique qu’aucune action n’est nécessaire. Le calcul change dès que le risque de contact monte, allée du jardin comprise.
L’hiver, les nids se voient
Sur un pin dégarni par la défoliation, le nid de soie blanche apparaît en bout de branche, net à contre-jour. Notez sa position et sa hauteur. L’échenillage, prélèvement et destruction des nids, demande des outils adaptés et un équipement de protection : confiez-le à un professionnel, d’autant que des électrocutions avec échenilloir près de lignes électriques sont rapportées. Cette destruction doit éviter la dissémination des soies, ce que le code de la santé publique écrit noir sur blanc : brûler un nid fait l’inverse.
Au moment de la descente, la collerette
Le piège à collier, propre à la processionnaire du pin, ceinture le tronc. Sa collerette bloque les chenilles en procession et les oblige à descendre dans un sac collecteur par un tube ; garni de terre, ce sac leur laisse achever leur nymphose. Tout dépend de la date de pose : en zone méditerranéenne, la fenêtre utile précède les descentes de février.
Le reste de l’année, surveiller et planter autrement
Les pièges à phéromone attirent les papillons mâles pendant la période de vol, de juin à septembre, et mesurent la population d’un secteur. Nichoirs et abris favorisent les prédateurs naturels, et les essences non hôtes réduisent le risque à long terme.
Une préparation microbiologique à base de Bacillus thuringiensis, pulvérisée depuis le sol en mai, complète la liste, mais l’Observatoire signale qu’elle touche d’autres lépidoptères. Votre chien reste à l’écart des zones traitées, comme des produits évoqués dans notre guide sur jardiner sans danger pour ses animaux.
En promenade : laisse courte et inspection au retour
Les recommandations de l’Observatoire aux promeneurs se traduisent en consignes de balade : évitez les zones à risque en période de présence des chenilles, et n’approchez ni les nids ni les arbres qui les portent.
- Laisse courte dès que le sentier longe une pinède ou une lisière de chênes.
- Aucun arrêt reniflage au pied d’un pin porteur de nid, aucun contact avec un nid tombé.
- Chien tenu loin des files au sol, même immobiles.
- Au retour, inspection de la truffe, des babines, des yeux et des pattes, gants aux mains.
- Vêtements longs pour vous, linge étendu ailleurs qu’au pied d’un arbre infesté.
Un chien qui a trouvé une procession y revient : changez d’itinéraire quelques semaines plutôt que de compter sur son obéissance.

Ce que la réglementation impose depuis 2022
Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 relatif à la lutte contre la chenille processionnaire du chêne et la chenille processionnaire du pin a ajouté les deux espèces à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine, dans le code de la santé publique. Les mesures prévues : surveillance, prévention de la prolifération, entretien des espaces, destruction des spécimens sans dissémination des soies, information du public.
La déclinaison est départementale. Le préfet détermine par arrêté préfectoral les mesures applicables sur son territoire, après avis de l’agence régionale de santé et du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques. Les collectivités peuvent désigner des référents territoriaux.
Conséquence pour un propriétaire de jardin : tout propriétaire, locataire, exploitant ou gestionnaire de terrain, bâti ou non, met en œuvre les mesures de cet arrêté dans le délai qu’il fixe. Le contenu varie d’un département à l’autre : votre mairie ou la préfecture renseignent le texte applicable chez vous.
Le tour des pins, avant l’hiver
Prochaine étape, ce week-end : faites le tour de vos pins et de vos chênes, regardez chaque extrémité de branche à contre-jour, photographiez de loin les nids repérés. Inscrivez dans votre téléphone le numéro de votre clinique et celui de la permanence de nuit. Si un nid surplombe l’allée que votre chien emprunte, appelez un professionnel avant les descentes de février.


